LA COLLAPSOLOGIE ? une introduction désordonnée au débat

Pour Pablo Servigne, l’un des principaux théoriciens de la collapsologie, coauteur de plusieurs livres, dont le best-seller Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), la pandémie de Covid-19 est une « crise cardiaque générale », qui montre l’« extrême vulnérabilité de nos sociétés ». Il appelle à renforcer les solidarités, le local, l’autolimitation et l’autonomie.
Jean-Pierre Dupuy, philosophe et polytechnicien, a publié, en 2002, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible est certain (Seuil), une réflexion sur le destin apocalyptique de l’humanité, « devenue capable au siècle dernier de s’anéantir elle-même ». En bonne logique, il est une référence pour les collapsologues.
Pourtant, ce professeur de l’université Stanford (Californie) vient de livrer contre eux, le 21 octobre, une attaque en règle dans la revue en ligne AOC sous la forme d’un article titré « Les simplismes de l’écologie catastrophiste ». S’il reconnaît qu’« ils attirent l’attention générale sur des problèmes considérables », il leur reproche un « flou conceptuel », et plus encore de n’avoir rien compris à ses propos.

« Tous me créditent, pour m’en féliciter, d’avoir énoncé que le “catastrophisme éclairé” impliquait de tenir la catastrophe pour certaine, ce qui est une absurdité », réaffirme-t-il au Monde lors d’un passage à Paris. En effet, « annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle… Mais la passer sous silence ou en minimiser l’importance conduit au même résultat ». C’est sur la ligne étroite qui sépare ces deux attitudes que Jean-Pierre Dupuy propose sa posture philosophique : considérer la possibilité de cet avenir (et non sa réalité) comme certaine pour qu’il n’advienne pas. C’est « la sagesse du pire ».

Les publications sur le thème foisonnent : voir Pourquoi tout va s’effondrer, de Julien Wosnitza (LLL, 2018) ; Les Cinq Stades de l’effondrement, de Dmitry Orlov (Le Retour aux sources, 2016) ; Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (Seuil, 2018) ; Survivre à l’anthropocène. Par-delà guerre civile et effondrement, d’Enzo Lesourt (PUF, 2018) ; Réflexions sur l’effondrement, de Corinne Morel Darleux (Libertalia, 104 pages, 10 euros) : on ne compte plus les livres récemment publiés sur ce thème, ni les conférences publiques qui les accompagnent.