Le rasoir d’Occam

Guillaume d’Occam
est un philosophe anglais du XIV siècle , d’une notoriété
assez confidentielle. Ce qui l’a rendu célèbre, c’est le rasoir
d’occam. C’est un principe utilisé par les physiciens, qui s’énonce ainsi: « quand
une même expérience peut s’expliquer de différentes façons, on
privilégiera l’explication la plus simple. »

Ce n’est pas une vérité prouvée, dans bien des cas on a du lacher
l’explication la plus simple, pour une théorie plus complexe. Mais
d’une part, c’était toujours pour une bonne raison, savoir: de
nouvelles expériences ne sont plus compatible avec l’explication
« trop simple »: ce n’est pas une remise en cause du principe, ce
sont les faits qui provoquent la remise en cause. D’autre part, la
théorie simple reste souvent une approximation valable dans de larges
domaines.

Les physiciens, ces scientifiques, devant qui le politique
s’incline, le citoyen cesse de penser, les physiciens donc, ne
travaillent pas qu’avec des vérités prouvées? Eh bien non!

Mais le rasoir d’Occam, si on y réfléchit un peu, leur a, nous a,
rendu de fiers services. Ils ne sont pas à la recherche d’une vérité
ultime, qu’ils pourraient livrer à l’humanité dans quelques
millénaires. Ils sont dans une démarche patiente et laborieuse, de
comprendre les phénomènes, morceau par morceau, chaque génération
apportant sa pierre. Et les théories intermédiaires, si elles peuvent
se révéler erronées vingt ans plus tard, jouent dans l’intervalle un
rôle fondamental, de formation des nouvelles générations, de support
des nouvelles théories: cette pétition de principe pour la simplicité
est une condition indispensable à tout progrès.

Le principe se retrouve, sous d’autres noms, dans d’autres
domaines. Les ingénieurs utilisent le principe « KISS« , pas pour
comprendre, pas pour expliquer, mais pour construire: Keep It Simple,
Stupid! Reste simple, ducon! Principe moins répandu que chez les
physiciens, mais tout aussi salvateur, gare aux projets qui ne le
respectent pas! Dépassements, surcoûts, abandon, rejet du public: les
« usines à gaz » sont légion.

Le principe ne fait pas l’affaire des marchands. La solution
la plus simple est souvent la moins chère, voire gratuite.
Intolérable! Quand il fait trop chaud, se passer la figure
sous l’eau? Mais, Madame, vous n’y pensez pas! Voici l’eau en bombe,
c’est tellement plus mieux!

Bon, pour l’eau en bombe, je crois que tout le monde est
convaincu. Mais dans combien d’autres domaines, des solutions
usine-a-gaz, ou du moins inutilement complexes, nous ont été
suggérées, voire imposées!  Pensez simplement au crayon: toujours
disponible, pas de recharge, bon, faut le tailler, mais ça peut se
faire avec un simple couteau. Non, on a inventé le critérium, puis
sa version japonaise, avec les mines qu’on casse, qu’on ne retrouve
jamais, la mauvaise solution!

Tiens, la cocotte minute, ça
ne date pas d’aujourd’hui, en voila une mauvaise idée! C’est lourd,
c’est cher, c’est en plusieurs parties, difficile à trouver, difficile
à maintenir, difficile à nettoyer, difficile à ranger, et pourquoi?
Faire cuire en 4 mn au lieu de 20? Et le moindre coup de fil, ou visite
de voisin, et vous trouvez de la charpie!

Consommer autrement, c’est aussi ça:
virer de ses tiroirs, de sa salle de bains, les objets qui encombrent,
qui polluent, qui pompent l’air. Apprenons à vivre sans fourchette à
escargot! Et, pour  les plus fous d’entre nous, sans pyjama, sans
montre, sans portable, sans voiture!